61

L’idéal aurait été de voir toute l’équipe réunie pour une table ronde ! Malheureusement, Éric n’est plus là ni Anne-Marie Dupré.

On se connaissait déjà tous avant L’Atelier rue de l’Abbé-Carton. Éric et Jack, qui partageaient une solide admi-ration pour mon père, étaient comme de grands frères pour moi. Pour tout dire, l’équipe était composée d’amis. Un résumé de cette décennie ne peut don-ner qu’un aperçu de la richesse de tous les événements qui se sont produits, ainsi que de toutes les personnes liées à L’Atelier.

1955 : Jean-Jacques de Broutelles, mon père, met fin à sa carrière de peintre sur-réaliste pour ouvrir avec Pierre Launay Paris-Arts, un atelier de sérigraphie situé 17, rue Tournefort dans le 5e arrondisse-ment. Ils faisaient partie des pionniers avec l’atelier Arcay et Michel Caza.

Enfant, j’accompagnais parfois mon père les week-ends à Paris-Arts où l’on imprimait des cadeaux pour nous et nos proches. Je serai fasciné par ces autopro-ductions et me souviens en particulier de la reprise du poster White Power Black Power de Tomi Ungerer, dont papa avait pioché la doc dans Evergreen, un maga-zine hippy américain. J’étais émerveillé que l’on puisse utiliser l’outil pour réali-ser des choses amusantes.

1967 : Éric Seydoux, fraîchement arrivé des États-Unis, et Jack Pesant, dont la famille était proche de mon père, se retrouvent à travailler à Paris-Arts. Ils y font leurs premières armes tels nombre de futurs sérigraphes connus dont Michel Kizlik et Paul Schouten, Le sérigraphe des Pays-Bas.

Mai 68 : L’Atelier populaire des Beaux-Arts sérigraphie les affiches contesta-taires. Paris-Arts celles de Cremonini, Sempé, Veličković, Ylipe.

1970 : Pierre Ouchacoff, après deux années aux Arts-Déco, choisit l’option sérigraphie et rencontre son professeur, un certain Éric Seydoux…

1974 : Jack et Éric montent L’Atelier rue Pernety, Pierre Ouchacoff leur prête main-forte pour les travaux. 

1975-79 : Paris-Arts ferme ses portes mais rapidement mon père, associé à Michel Kizlik, ouvre un nouvel atelier en 1975, La Sérigraphie, où, après de petits boulots, je suis employé. À l’époque, je collection-nais les jouets robots en tôle, majoritai-rement japonais. Une des boîtes de jouet m’inspirait particulièrement et je proje-tais de l’utiliser pour une affiche.

À La Sérigraphie, je croise pour la pre-mière fois Pierre Ouchacoff et, en ren-dant visite à Éric rue Pernety, je ren-contre Anne-Marie Dupré, sa compagne.

Dans l’atelier de mon père, j’ai passé de fameux moments ; comme toutes les fois où j’ai pu croiser Jean Dubuffet, les gens de la Pace Gallery, et rencontrer Alain Pauzié qui deviendra un ami. Cependant, j’étais déçu de n’y pas avoir réalisé grand-chose de personnel.

1980-81 : Je viens quelquefois en ren-fort à L’Atelier, puis suis débauché de La Sérigraphie par Éric et Jack (je soup-çonne avec l’accord secret de mon père) et deviens employé à temps plein pour finir par être associé à Éric en 82 au départ de Jack.

Éric me confie l’exclusivité des mises à la teinte et je deviens polyvalent sur tous les postes de fabrication. À l’Abbé-Carton