2. Pourquoi le design plutôt que l’art ou l’architecture ?
MSz : Enfant, j’aurais voulu être architecte ou artiste. J’accompagnais souvent mes parents dans les agences d’architectes avec lesquelles ils collaboraient, et déjà je pressentais les difficultés de ce métier. Quant à l’art, je m’en suis très vite détourné : la fierté du jeune homme désirant voler de ses propres ailes et prendre le large vis-à-vis de sa famille. L’art m’apparaissait comme un abîme de liberté où je manquais de repères. C’est pourquoi j’ai abordé le design, pratique créative, mais bornée de repères tels que l’usage, l’ergonomie, l’économie, la technique, l’esthétique… Et aussi, en concevant et réalisant moi-même les meubles, j’avais, surtout au début, une certaine autonomie d’action, ce qui me faisait très plaisir. Pourtant, mis à part à l’adolescence, où j’ai délibérément tourné le dos à l’art, ma vie se construit au contact des œuvres et des artistes. Aujourd’hui, mes meubles trouvent leur place parmi les œuvres d’art de collectionneurs, qui s’approprient mes pièces pour leur usage quotidien. À ce propos, Pierre Staudenmeyer1 disait : « Les meubles occupent un terrain humble sur le territoire de l’art, à cause de leur implacable appartenance à la fonctionnalité, et pourtant par là même ils ont un pouvoir que les œuvres d’art n’ont pas. »
3. Quelle influence Kwok Hoï Chan a-t-il eue sur votre pensée et votre travail de designer ?
MSz : Chan m’a appris les rudiments du design : l’organigramme des intervenants, mais aussi l’importance et l’interdépendance du plein et du vide dans les objets.
1 Directeur de la galerie Néotù, à Paris, dans les années 1980 et 1990.