Selon vous, « ne plus dessiner » enrichit la démarche en design. Si vous excluez le moyen de représentation du dessin, peut-on pour autant se passer de tout moyen de représentation ? Quelles qualités perd-on en dessinant ? Que gagne-t-on ? Comment faites-vous pour signifier vos idées sans passer par le dessin (notamment auprès des entreprises) ? Et quelle incidence cela a-t-il dans votre processus de travail ?

MSz : Loin de moi l’idée de ne plus prendre un stylo pour coucher mes pensées. « Ne plus dessiner » n’a rien d’une injonction ou contrainte que je m’imposerais, ce n’est pas non plus une posture idéologique. Bien au contraire, il s’agit d’une ouverture au monde extérieur, et d’éviter la sclérose du « moi ». « Ne plus dessiner » manifeste un cheminement qui prend son sens dans un contexte personnel et historique (la fin des années 1990), et qui trouve sa formulation dans le commentaire à propos du verre Perrier (1996) 4. C’est la reconnaissance progressive que tout objet a sa définition, que tout objet a

4 L’objet emblématique de la marque était jusqu’alors la petite bouteille Perrier, reconnaissable entre toutes par sa forme de quille. L’auteur et propriétaire de la marque au xixe siècle s’en était d’ailleurs directement inspiré. Chargé de réaliser le premier verre pour la marque, j’ai immédiatement eu conscience qu’il s’agissait d’un mariage entre la petite bouteille, objet historique, et le verre. Qu’est-ce qu’un mariage si ce n’est le rapprochement de deux entités partageant le même état d’esprit sans pour autant se ressembler physiquement ? Il en allait de même dans cette situation, me semblait-il. J’ai alors pris connaissance de l’histoire de la petite bouteille et analysé sa forme : une base étroite, mais suffisante pour tenir debout, un corps rond pour contenir l’eau pétillante et un col étroit pour la verser. Le verre devait donc être dans le même état d’esprit que la bouteille : une base épaisse pour prévenir le choc sur la table ou le comptoir, une paraison évasée pour offrir l’eau et faciliter la prise de l’objet par son utilisateur.