sa fonction, et ce bien avant son dessin, et que cette définition est intégralement déterminée par l’usage et qu’un usage, lui, ne se dessine pas.
Ne plus dessiner, c’est se mettre à une distance objective du projet. Ne plus s’en remettre à l’imagination individuelle et son corollaire le dessin, ou la recherche d’une « ligne », comme ce fut mon cas dans les années 1980-1990. C’est établir une méthode de travail basée sur des données extérieures à ma personne et partageables par tout un chacun, celles que je nomme les « pierres dures » : l’intitulé du projet (une table, une chaise, etc.), sa dimension culturelle (son histoire, son usage), les modalités de réalisation, qui comprennent bien évidemment le choix du matériau, et enfin sa destination contextuelle (le lieu), et surtout les gens à qui est destiné le projet.
Ne plus dessiner, c’est aussi s’en tenir aux faits, à l’instar d’un juge ou d’un scientifique. À un moment précis et en un lieu donné, de nouveaux faits interviennent, et le projet se modifie en conséquence. Il n’y a, dans ma pratique, aucune projection utopique parce que je suis démuni de tout optimisme. Ce qui me fait avancer, c’est de constater les faits ou données qui s’imposent à moi et de les conjuguer jusqu’à ce qu’ils se donnent à voir sous une forme unie et dotée d’une espèce d’efficacité qui momentanément me comble.
La notion de limite, de ce qui est possible à un moment donné d’un point de vue technique et matériel, se présente à nous comme un référent solide et partageable ; un lieu commun de nature économique. En mettant l’accent sur les états limites des matériaux, leur mise en œuvre et leur destination, le dessin, le « geste », s’abolit de lui-même, et l’objet ainsi conçu rend possibles les usages : sa raison d’être.
Par exemple, Des étagères (2005) sont construites à la limite — cet état limite au-dessous duquel le meuble ne tient pas debout