MSz : Autant nous pourrions assez facilement nous mettre d’accord sur une définition de la technique, autant je me sens démuni pour qualifier le mot « poète ». Quoi qu’il en soit, il me semble entendre à travers les écrits de Gilbert Simondon une aspiration à donner vie à l’objet, et plus particulièrement à la machine. Gilbert Simondon n’a-t-il pas qualifié les machines d’êtres relevant de droits ? Et Stanley Kubrick, dans 2001, l’odyssée de l’espace (1968), donné à la machine le pouvoir de s’opposer à la volonté des hommes ? Et, plus en amont, l’animisme n’a-t-il pas instauré une relation aimable avec les objets ? Plutôt que d’envisager une influence unidirectionnelle de l’humain sur l’objet ou de l’objet sur l’humain, il me semble pertinent de parler de réciprocité et de complémentarité. Selon sa facture et sa présence — l’objet est chargé comme nous le sommes nous-mêmes —, l’objet influence notre comportement, mais notre comportement peut également modifier la perception que nous avons de l’objet. C’est dans cette sorte de dialogue que les objets peuvent se donner en complices, voire plus. Nous projetons et enregistrons dans l’objet technologique, qui a en partie supplanté la machine de Simondon, une part intime de nous-mêmes. Nous avons alors le sentiment de faire « corps » avec lui (il faut noter que, à l’image des

17. Gilbert Simondon disait en 1969 dans Entretien sur la mécanologie : « Nous manquons de poètes techniques. » Qu’est-ce que cela vous évoque ? Peut-on envisager une partie de votre démarche comme une manière de sublimer ou de transcender la technique ?