INTRODUCTION
1 « Ne plus dessiner » est également le titre de l’exposition monographique que lui a consacrée le centre Pompidou du 12 octobre 2011 au 2 janvier 2012.
Né en 1956, Martin Szekely est une personnalité majeure du design français. Issu d’une famille d’artistes, il prend ses distances dès l’adolescence avec le monde de l’art pour se tourner vers des pratiques créatives « bornées de repères tels que l’usage, l’ergonomie, l’économie, la technique, l’esthétique », dit-il. De 1971 à 1976 il se forme en gravure, typographie et ébénisterie, entre l’école Estienne le jour et l’école Boulle en soirée, puis devient compagnon dans un atelier de menuiserie et pratique la restauration de meubles.
C’est au côté de l’architecte et designer hongkongais Kwok Hoï Chan (1939-1990), auprès de qui il passe deux années (de 1978 à 1980), que MSz s’initie au design. Inspirés de la calligraphie chinoise, les sièges idéogrammes de Kwok Hoï Chan ont marqué le design de la fin des années 1960 et de la décennie 1970. Préfigurent-ils les pièces de Martin Szekely, résonnant d’un certain dessin typographique et également empreintes de l’enseignement à l’école Estienne du graphiste et typographe Pierre Faucheux (1928-1999) ? L’une des premières pièces de MSz, la chaise longue Pi (1982), témoigne en tout cas d’une ascendance attentive à la ligne, dans une extrême épure de la forme qui renvoie aussi à la calligraphie chinoise. Dans cette approche singulière qui utilise aussi bien l’écrit que la recherche plastique, une place de choix est donnée à la circulation de l’air autour de l’objet, les notions de vide et de plein apparaissant comme l’essence d’une réflexion marquée par un minimalisme formel suivant l’idée qu’un objet ne s’exhibe pas.
Aussi, lorsqu’il décide en 1998 de ne plus dessiner1, Martin Szekely opère-t-il un mouvement de retrait en adéquation avec sa démarche, retranchant au maximum sa subjectivité comme patte esthétique pour laisser toute sa place à la fonction essentielle de l’objet. Un effacement devenu la signature même d’un travail dont, dans un mouvement similaire, Martin Szekely parle peu. C’est pourquoi les étudiants en 3e année art et design de l’Ensa Limoges et leur professeure Indiana Collet-Barquero lui sont particulièrement reconnaissants d’avoir accepté, en 2015-2016, de se prêter au jeu de ces tout premiers échanges épistolaires et de leur apporter un éclairage personnel sur son positionnement à la croisée de l’art et du design, si proche de l’enseignement du design tel qu’il se pratique dans les écoles d’art. Ces échanges épistolaires et la rencontre entre le designer, les étudiants et leur professeure se sont poursuivis par un projet de recherche en céramique, « Matière lente », que Martin Szekely est venu mener à l’Ensa de 2018 à 2020 dans le cadre d’une résidence en collaboration avec le laboratoire de recherche de l’école, La Céramique comme expérience, et l’entreprise Keraméo, à Limoges.