réflexion s’est engagée avec des per-sonnes déficientes visuelles. Comment les outils de médiation, de description, de représentation tactile peuvent-ils « aider » dans le répertoire de la sen-sibilité, du ressenti, de l’émotion artis-tique ? Les personnes déficientes visuelles ont parfois un langage étonnant, voire déroutant pour les voyants, lorsqu’elles évoquent des couleurs, des sensations inconnues du voyant qui finalement est privé d’un ou plusieurs sens. Au lieu de mettre l’accent sur la privation, ces mal-voyants signifient une dimension posi-tive de leur perception du monde. « Les couleurs sont fondamentales. Il y a des vibrations, des équivalences, de sorte que nous avons un espace coloré interne

De cette confrontation au discours sensible des malvoyants est née l’idée de ce projet artistique.

et l’envie de le faire partager ». Claude Garrandès (Nicole Abecassis, Garrandès, l’éclaireur, 2014).

De cette confrontation au discours sen-sible des malvoyants est née l’idée de ce projet artistique.

Comment les personnes déficientes visuelles perçoivent-elles leur environnement ?

Pour les aveugles, les couleurs sont fondamentales. L’homme aveugle ne vit pas dans le noir. Le noir et le silence sont respectivement des perceptions de voyant et d’entendant. On dirait que les aveugles entendent les voix en couleur, et les associent à leurs interlocuteurs.

Ils peuvent avoir accès aux visages des gens par le biais des couleurs qu’elles inspirent. Mais telles les humeurs, les couleurs changent... Les personnes défi-cientes visuelles élaborent des repré-sentations mentales des images et des couleurs. Les noms des couleurs sont chacun chargés de potentiel.

« Le vert c’est beau. Parce que chaque fois que j’aime quelque chose, on me dit que c’est vert. J’aime m’habiller en vert ».

(Sophie Calle, Aveugles, 2011).

Sophie Calle a été la première artiste à pénétrer dans l’univers des personnes malvoyantes. En 2011, elle publie Aveugles, où elle questionne des personnes aveugles de naissance sur la perception de la beauté et des couleurs. Elle a ainsi initié une réflexion sur l’absence, sur la privation et la compensation d’un sens, sur la notion de visible et d’invisible.

Jacques Lusseyran, dans son ouvrage autobiographique Et la lumière fut, dé-montre ce phénomène propre au monde