champ d’un cadre bien précis, rigoureusement délimité par des règles conventionnelles préétablies et dans un espace défini. Le jeu ne peut se soutenir que par cette distinction nette et maîtrisée d’avec le réel ou le temps ordinaire, distinction sans laquelle le jeu devient schizophrénie. D’ailleurs, le jeu comprend un début, une fin et même des temps de suspension, des pauses, des
parenthèses ménagées dans la fiction, pour qu’un morceau de réel (le déjeuner, les devoirs scolaires, etc.) puisse s’accomplir sans interférer avec le temps du jeu.
Chez Vielfaure, c’est la forme plastique qui tient lieu de limites, qui est le lieu du jeu. Comprenons par là que les fictions inventées par l’artiste sont toutes entières concentrées dans les objets qu’il produit. Elles réalisent donc le paradoxe d’une utopie archi-localisée. Certes, il peut en faire le récit, et il aime raconter par le détail la genèse mais ce n’est là que récit de récit, comme ces souvenirs de marins de telle pièce, de telle idée, de telle série, de tel titre, rapportés dans telle auberge de Stevenson ou Jules Verne. L’essentiel se passe ailleurs. L’essentiel se passe dans les œuvres elles-mêmes, dans leur matérialité et leur présence physique. Mais avant de les examiner plus précisément, de quoi s’agit-il ? Tout l’œuvre de Vielfaure est la minutieuse élaboration d’une collection de traces, cartes, objets et relevés topographiques témoignant de l’existence d’un groupe humain disparu, la civilisation du Bevern.
Jean-Pierre Vielfaure, Site (série Archéologie du futur), 60 x 75 cm, technique mixte sur papier, 1991 (photo Dominique De Graeve).