apparence dite photoréaliste aux créatures les plus improbables... Le cinéma – du moins ce cinéma-là – fusionne toujours plus profondément avec ce que les autres arts ont délaissé depuis la fin du xixe siècle : l’hyperessemblance comme critère artistique absolu. Rien de tel dans les œuvres de Vielfaure. Indices, traces, reliques, les images

et objets produits ne prétendent pourtant jamais au statut de preuve.

À aucun moment, Vielfaure ne tombe dans le plaisir régressif du hoax. Un canular est jugé sur un seul critère, celui de son efficacité : les victimes visées tombent-elles dans le piège ? Tous les efforts, le temps, l’ingéniosité consacrés à l’élaboration d’un canular sont tendus vers cet unique but. À l’inverse, Vielfaure ne cherche pas à nous faire croire à la réalité historique de la civilisation du Bevern. Il ne traite pas les spectateurs de ses œuvres comme des victimes potentielles.

Nous voyons bien que tout cela est simulé. En tant que preuve archéologique, pas une de ses pièces ne résisterait à l’examen d’un spécialiste. Alors, pourquoi cette fiction, si ce n’est pour qu’on y croie ? Selon la tradition moderniste, la visée d’une œuvre d’art est de cerner de la façon la plus précise les spécificités formelles et techniques du genre auquel elle appartient, et d’approcher au plus près les limites au-delà desquelles elle deviendrait autre chose. Comme dans un

Jean-Pierre Vielfaure, Site (série Archéologie du futur), 60 x 75 cm, technique mixte sur papier, 1991 (photo Dominique De Graeve).