étant génétiquement liées à celles de l’Asie, par exemple.

Les « objets rituels » de la série Fragments figures extraits du Codex Bevern sont d’étranges assemblages à base de bois brut ou peint, de ficelle, d’éclats de verre coloré, dont la fonction reste inexpliquée. De même, Vielfaure ne donne pas le mode d’emploi des Cartes de l’odyssée. Elles ressemblent vaguement à des hybrides indéfinis de kilims, d’ornements vestimentaires amérindiens, de tapis de prière musulmans et si ce sont effectivement des cartes, à quel usage répondent-elles ? Indiquent-elles les vents les courants et les routes à suivre pour des traversées transatlantiques ? Sont-elles des récits mis en images, contant les mythes originels de la culture du Bevern ? Décrivent-elles, dans un code indéchiffrable, l’organisation généalogique et sociale de ces communautés ? Ou peut-être s’agit-il de supports méditatifs pour l’accomplissement de quelque exercice liturgique ?

Les images et les dispositifs formels de ces différents objets laissent supposer des sens

cachés, l’usage de codes, mais la signification nous demeure inaccessible. Vielfaure excelle à élaborer ces configurations intrigantes, qui incitent à la rêverie et à toutes les spéculations, sans jamais assouvir notre soif de savoir. En singeant le langage, son œuvre se tient au plus près de ce qui singularise l’art : sa résistance au langage. La véritable terra incognita qu’explore Vielfaure est donc moins les différents sites et territoires occupés par la civilisation du Bevern que notre propre capacité à jouer avec les modalités de la feintise, de l’interprétation et de la fiction. D’où viennent ce goût pour les lointains, cette fascination pour les langues et les cultures qui nous demeurent absolument étrangères, ces jeux infinis autour des notions de frontière, de déplacement, d’enfouissement ? Pour expliquer son travail, sa vocation artistique et l’évolution de son parcours, Vielfaure parle d’abord... de son père.

Jean-Pierre Vielfaure est né à Alger, il y a vécu jusqu’à l’âge de dix ans et, comme tous ceux qui ont vécu une expérience semblable, il en a connu un rapport complexe – mêlant