intimement l’enfance et l’ailleurs, la mélancolie et le sens du merveilleux – à une certaine idée du territoire perdu. Ce qui est une définition assez exacte de l’ensemble de son œuvre. Les souvenirs enfuis fondent les paradis enfouis. À son arrivée en France, l’enfant qu’il était alors a dû dormir quelque temps dans la bibliothèque de l’appartement de Rodez. Il faut imaginer le jeune garçon, fraîchement débarqué de l’autre côté de la mer, dormant sous les rayonnages de livres de son père, qui était imprimeur.

Comment n’aurait-il pas, dans ces conditions, développé une capacité de rêverie et d’évasion « don quichottesque » ? Il y a donc, au fond des chantiers de fouilles engagés par Vielfaure quelque chose d’enfoui, quelque chose qui n’est pas aussi léger ni aussi ludique que

peuvent le laisser supposer les couleurs vives et les multiples jeux de piste. Si un texte demeure indéchiffrable, c’est rarement sans motifs, fussent-ils souterrains. Si le peuple du Bevern est un peuple disparu, cela nous permet d’en admirer les objets magiques et cultuels sans risquer les désenchantements inhérents à tout contact direct. Si les totems que l’on rencontre dans cette œuvre sont, en tant que tels, des figures tutélaires, peut-être protectrices, voire paternelles, il faut sans doute qu’ils demeurent muets pour déployer pleinement leurs pouvoirs.

Texte écrit à l’occasion de l’exposition de Jean-Pierre Vielfaure « L’appel aux esprits » à l’Espace d’art contemporain Camille Lambert de Juvisy-sur-Orge en 2007.