de l’interpréter, ou de le rejouer. Le choix était évident. Les deux artistes n’avaient-ils pas exploré les mêmes lieux, ou presque (entre temps, dans la première moitié des années 2000, le château fit l’objet d’un important chantier de restauration), à quelques années de distance, tous deux partageant les mêmes préoccupations pour l’histoire et plus précisément la mémoire des lieux.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit essentiellement : la mémoire d’un lieu. Comment se manifeste-t-elle ? Comment la retient-on ? Peut-on seulement la partager ? Des questions que l’on ne manque pas de se poser lorsque l’on a la responsabilité de tels lieux. Ce qui fait patrimoine, c’est cette mémoire intriquée à l’histoire, le collectif à l’individuel, l’individuel au social, la sphère publique à la sphère privée.

Dans la bibliothèque, transformée en cabinet de curiosités, le visiteur, plongé dans la pénombre, était invité à découvrir tout cela dans le flux continu des images, fixes ou animées, des textes et des citations, des objets et des reliques ; le réel intrinsèquement mêlé à l’imaginaire et à la fiction. Mais n’en va-t-il pas ainsi de tous les lieux ? De ceux qui nous sont familiers comme de ceux que nous découvrons. Ne transportons-nous pas déjà, avec nous, consciemment ou non, de nombreuses images ? Cet imaginaire ne nous précède-t-il pas dans notre découverte ? Images et récits se mêlant de nos vies, les discutant, en sapant parfois les fondements les plus solides, faisant vaciller certitudes et représentations communes...

La Disparition (remix), Illés Sarkantyu featuring Jean-Pierre Vielfaure, vue de l’exposition, 2018.